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### Pierre Rabhi

Pierre Rabhi
Photo Erik Jansegers.

Qui ne connaît pas Pierre Rabhi?

Qui connaît Pierre Rabhi?

Au-delà du candidat à la présidentielle de 2002, au-delà du co-auteur, avec Nicolas Hulot, de "Graines de possibles", il y a d’abord un homme d’une exceptionnelle densité. Un passeur.

Un homme qui s’inscrit dès le début dans une double culture. Né au bled, en Algérie, il est "adopté" très jeune par une famille française. Singulière expérience, qu’il vivra à la fois dans l’énergie et l’enthousiasme de la découverte propres à l’enfance, mais aussi sur le mode du déchirement, et qui le conduira très tôt à tenter de difficiles synthèses.

Il y a ensuite le tout jeune homme qui, en compagnie de sa femme Michèle, s’arrache au monde de l’usine et de la banlieue parisienne pour opérer ce qu’il n’était pas encore convenu d’appeler un "retour à la terre" dans un hameau cévenol, riches de leur seul courage.

Il y a cet homme discret, opiniâtre et réfléchi qui, année après année, réussit à arracher à une terre déshéritée la subsistance de sa famille. Mais "arracher" n’est pas le mot. Au fil des saisons, Pierre observe, expérimente, réfléchit et pose, dans une relation faite de respect et de gratitude, les fondements de ce qui va devenir l’agroécologie : un rapport qui inscrit l’homme en complémentarité avec la terre, chacun nourrissant l’autre, aux antipodes de la sinistre prédation productiviste.

Il y a pour nous le compagnon de route, celui qui a croisé Point-Mulhouse au début des années 80. La rencontre de deux questionnements, de deux révoltes. La naissance d’une amitié. Et l’extraordinaire aventure de Gorom-Gorom, dans laquelle Pierre, riche de sa réflexion, fort de sa pratique, sensibilisé depuis toujours aux situations interculturelles, donnera à l’agroécologie un formidable essor, ramenant l’espoir au coeur de populations rurales durement touchées par la sécheresse du début de la décennie, prouvant que le couple infernal productivisme - endettement n’est pas une fatalité - un espoir auquel l’assassinat de Thomas Sankara, qui l’avait pressenti pour faire de l’agroécologie un programme national, devait brutalement mettre fin.

Il y a également l’écrivain à la plume limpide, celui qui a su capturer en quelques lignes d’une impressionnante beauté l’esprit de son village natal aux confins du Sahara, l’écrasante montée du soleil à l’aube du Ramadan, la simplicité pleine de grandeur d’une vie qui ignore le sens du mot "solitude", la fièvre des fêtes rurales où le regard des enfants rivalise en intensité avec les étoiles. Celui qui sait être didactique en restant simple, qui ne craint pas de faire part de ses doutes, et qui garde l’espoir.

Il y a ce témoin engagé et lucide, qui dénonce inlassablement l’insupportable dérive mercantile de notre société, son égoïsme, son aveuglement, son mépris suicidaire du vivant. Et qui propose, par le biais de l’Association et du Mouvement Terre & Humanisme, une alternative. Crédible.

Pierre Rabhi : un homme lumineux.